Comme nous l’avons constaté cet été, les épisodes de chaleur extrême deviennent plus fréquents, plus longs et plus intenses sous l’effet du dérèglement climatique. Alors, comment protéger nos logements contre la chaleur ? Quels sont les bons gestes à adopter ? La Ceinture Énergétique Namuroise nous partage 4 règles d’or anti-surchauffe classées par ordre de priorité, pour agir efficacement tout en limitant notre consommation d’énergie. Si l’été est derrière nous, il est toujours utile de pouvoir anticiper et de se préparer pour les prochains épisodes.
1. Empêcher la chaleur d’entrer ou de la produire
On peut distinguer trois sources de chaleur à l’intérieur du bâtiment :
- les apports solaires
- les infiltrations d’air chaud
- les apports internes : occupants, appareils électriques, éclairage, cuisson…
Il faut donc limiter au maximum ces apports de chaleur.
Les apports solaires sont la principale source d’inconfort. En cas de forte chaleur, c’est l’équivalent d’une petite chaufferette électrique (1.000 W) allumée en permanence par m2 de fenêtre exposée…! Les actions suivantes sont donc particulièrement efficaces, et plusieurs ne demandent pas d’investissement :
- Installer des protections solaires à l’extérieur : plus la protection sera éloignée de la vitre, plus l’efficacité de la solution sera grande. Voici quelques exemples par ordre d’efficacité : volets, screen, couverture de survie, draps, peinture lavable sur le vitrage extérieur. Par exemple, le blanc de meudon dilué dans de l’eau est une solution abordable, facile d’application, stockable facilement (tellement populaire qu’il était en rupture de stock lors des canicules cet été).
A noter que les protections solaires à l’intérieur, comme les rideaux, laissent entrer la chaleur dans l’habitation, ce n’est donc pas une solution efficace contre la surchauffe.
- L’ombre sur vos parois vitrées grâce à des arbres, arbustes, protections solaires, brises soleil, parasol ou grande toile solaire permet de limiter fortement le rayonnement solaire sur vos fenêtre réduisant fortement les apports solaires indésirables tout en gardant la transmission lumineuse.
- L’ombre sur la maison et sur la terrasse permet d’éviter que le sol ou le mur extérieur n’accumule la chaleur. Par effet d’inertie, celle-ci est relâchée en fin d’après-midi et en soirée accentuant l’inconfort de la surchauffe à ces moments là. Notez que la meilleure protection de ce type reste une protection végétale comme un arbre ou une pergolas avec vigne ou glycine. En effet, les végétaux refroidissent l’air par “évapotranspiration”, ce qui diminue localement la température.
Le 2e apport est l’entrée d’air chaud. La température ressentie est influencée par plusieurs paramètres (la température de l’air, et aussi, la vitesse de l’air et le taux d’humidité). En ouvrant les fenêtres en journée pour « faire un courant d’air », l’air chaud s’engouffre dans votre habitation créant ce ressenti « d’air en mouvement » qui peut sembler agréable mais qui permet surtout à la chaleur de s’infiltrer ce qui amplifie la surchauffe de votre bâtiment.
Enfin, les derniers apports de chaleur sont “internes” au bâtiment. Cuire une quiche dans un four de 2000 W verra la majorité de sa chaleur finir sa course dans la cuisine. A noter également que l’utilisation de tous les équipements électriques génère un effet joules qui contribuera activement à l’augmentation de chaleur. Dès lors, voici nos recommandations :
- Limiter les appareils ménagers au strict minimum. On éteint les lampes et la télé. Le linge sèche dehors. La vaisselle est nettoyée à l’eau froide. On privilégiera les plats froids ou alors on cuisine en extérieur : il existe des fours solaires, au bois ou même gaz.
- Si les équipements électriques économes apportent des économies d’énergie, ils permettent aussi d’échauffer inutilement votre logement pendant une canicule : lampes LED, frigo A++, …
2. Refroidir son corps
Votre corps produit lui-même 100 Watts de chaleur environ. Lorsque la chaleur est présente, la stratégie à adopter est de faciliter la perte de chaleur de votre corps (qui brûle chaque jour environ 2.000 kcal).
Première étape, il est conseillé de se vêtir de manière adéquate. Si vous restez à l’intérieur, dévêtissez-vous au maximum de vos codes sociaux et professionnels : jupe, short, sandales, tee-shirt ou chemise à courte manche. En extérieur, par contre, il est utile de se protéger du soleil tout en maintenant les échanges thermiques : vêtements amples, légers et de couleur claire. Évitez bien sûr les efforts physiques.
Deuxième étape, une douche fraîche ou une bassine d’eau fraîche pour placer ses pieds sont extrêmement efficaces en faisant refroidir votre corps.
Dernière étape, l’eau qui s’évapore refroidit très efficacement la surface qu’elle quitte.
- L’évaporation de votre transpiration est donc une méthode aussi très efficace ! Alors, pour bien transpirer 😉, veillez déjà à bien vous hydrater (en plus de veiller à ne pas vous déshydrater).
- Ensuite, la circulation d’air améliore l’évaporation en apportant de l’air plus sec. Le ventilateur sur pied constitue donc une solution simple et peu énergivore. On peut remarquer son efficacité en se mouillant le corps et en se plaçant devant un ventilateur ! Attention cependant, un flux d’air trop important peut assécher les muqueuses (inconfort) et même entraîner des douleurs musculaires à la nuque ou au cou.
- Le nouvel outil tendance car très efficace sont les fameux ventilateurs de plafond qui ont le grand avantage de faire circuler l’air dans toute la pièce, sans induire les problèmes de courant d’air trop important comme le fait le ventilateur sur pied et en faisant moins de bruit.
3. Refroidir le bâtiment passivement
Refroidir “passivement” veut dire refroidir sans consommer (beaucoup) d’énergie supplémentaire. C’est le secret de la “ventilation nocturne”.
Dès que la température extérieure est de 3°C inférieure à celle de l’intérieur, aérez autant que possible et aussi longtemps que possible, pour faire sortir la chaleur. C’est particulièrement indiqué pour les maisons très isolées. A noter que les températures extérieures sont minimums en fin de nuit, tout début de matinée. Alors, penser à vous lever très tôt pour surventiler votre habitation et profiter de quelques heures de répit.
La situation idéale est d’ouvrir les fenêtres sur plusieurs façades et plusieurs étages pour un garantir un flux d’air qui traverse le logement, qui soit aussi intense que possible et dure le plus longtemps possible. La chaleur accumulée dans les murs de votre habitation met en effet du temps à sortir.
Dans les maisons équipées d’une ventilation double flux, il est souvent possible de mettre en place un « bypass d’été » qui permet de ventiler la maison avec l’air extérieur sans le pré-réchauffer avec l’air sortant. Pour augmenter le flux d’air, mettez le booster nocturne si vous en avez un ou mettez la ventilation au maximum. C’est une très bonne solution pourtant méconnue.
4. Refroidir activement : la climatisation en dernier recours
Enfin, les mesures passives ne suffisent pas dans toutes les situations : une pièce sous toiture non-isolée peut en effet monter à 40, voire 50°C ! Dès lors, la climatisation peut devenir nécessaire, en particulier pour les personnes fragiles. Elle doit toutefois être considérée comme une solution de dernier recours, à activer après les 3 premiers conseils. En effet, la clim consomme de l’électricité et peut aggraver les pics de demande sur le réseau surtout en soirée, quand il n’y a plus d’énergie solaire. Concernant la chaleur qu’elle rejette à l’extérieur, cela peut aussi être un problème dans les zones urbaines très denses, en contribuant localement à des îlots de chaleur.
Pour limiter ces effets, il est recommandé de régler la climatisation à une température modérée. Il est rarement nécessaire de descendre sous les 25 °C. Cela évite un choc en sortant dehors et évite aussi un air trop sec. La climatisation assèche en effet fortement l’air ambiant : si c’est avantageux en facilitant l’évaporation de votre transpiration, un air trop sec est mauvais pour les muqueuses de la bouche et du nez.
Si vous souhaitez investir dans une clim, évitez les clims portatives : en plus d’être peu performantes, l’évacuation de l’air chaud via le tuyau induit une entrée d’air (chaud lui aussi) dans l’habitation ! Choisissez plutôt un système fixe avec groupe extérieur. C’est en réalité une pompe à chaleur réversible. Les performances seront bien meilleures (pas d’appel d’air extérieur, juste un refroidissement de l’air intérieur en circuit fermé) et vous aurez en plus la possibilité de l’utiliser en cycle inversé en hiver pour chauffer votre logement efficacement. Si votre logement est bien isolé, cela devient une stratégie intéressante pour décarboner votre chauffage d’hiver, sans avoir eu l’impression d’y penser !
Cet article est à retrouver également sur le site : https://www.cenamur.org/ . La Ceinture Énergétique Namuroise (CEN) est une association qui a pour but de renforcer l’autonomie et la résilience énergétiques, dans la région formée par Namur et les 10 communes qui l’environnent. Sa perspective est d’économiser l’énergie, tout en augmentant l’approvisionnement renouvelable local.


